#01 : Le Mythe de la Méritocratie

Ce que votre succès (ou votre échec) doit vraiment à vos parents.


Salut à tous ! Aujourd'hui, on va s'attaquer à un gros morceau, un cliché tellement ancré dans nos esprit qu’on ne le questionne même plus : la méritocratie. Vous savez, ce fameux refrain : “Quand on veut, on peut “. On nous répète depuis l'école que si vous travaillez dur, vous réussirez, et que si vous échouez... eh bien, c'est que vous n'avez pas fait assez d'efforts. Séduisant, non ? Sauf que quand on regarde les chiffres, on se rend compte que c’est surtout un mythe profitable à certain.

Soyons honnêtes : on adore croire au mérite parce que c’est rassurant. Nous avons le sentiment de maîtriser notre existence. Mais pour ceux qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche, c’est aussi une excuse géniale pour transformer un héritage en ” talent personnel “.

Le problème, c’est que la ligne de départ n'est pas la même pour tout le monde. Le sociologue Pierre Bourdieu l'avait déjà prouvé : on commence tous avec un ” capital culturel “. Si vos parents ont les bons réseaux et un capital culturel/économique transmis, vous commencez le marathon de la réussite avant une longueur d’avance. Si vous venez d'un milieu modeste, vous le commencez avec des poids au chevilles.

Regardons les faits. Selon l’OCDE, en France, il faut en moyenne 6 générations pour qu’un enfant d’une famille pauvre (10% les plus pauvres de la population) atteigne le revenu moyen. Six générations ! Nous sommes loin de l'idée d'un “ effort ” qui suffirait à résoudre en une seule vie l'écart de richesse duquel on hérite.

Et l’école ? On aimerait qu’elle soit l’arbitre impartial qui remet les compteurs à zéro. Mais l’INSEE nous rappelle une réalité édifiante : un enfant de cadre a 3 fois plus de chances d'obtenir un diplôme du supérieur qu'un enfant d'ouvrier. Pourquoi ? Parce que l’école évalue souvent, sans l’annoncer clairement, la culture que vous avez apprise à la maison, pas seulement votre travail personnel.

Le philosophe de Harvard, Michael Sandel, va encore plus loin dans son livre La Tyrannie du mérite. Il explique que cette foi absolue en la méritocratie crée une société cruelle. D’un côté, les « gagnants » deviennent arrogants, persuadés qu’ils ne doivent rien à personne. De l’autre, les « perdants » subissent une double peine : ils peinent financièrement, et en plus, on leur fait croire que c’est leur faute. C'est ce qu'on appelle l'humiliation sociale.

Alors, est-ce que l’effort ne sert à rien ? Bien sûr que si. Travailler compte. Mais faire du mérite la seule explication du succès, c’est une imposture. Ce cliché ne nous aide pas à avancer ; au contraire, il nous rend aveugles aux injustices réelles.

En croyant dur comme fer à ce mythe, on finit par accepter que les inégalités sont “ naturelles “. Pour construire une société réellement juste, il faut arrêter de regarder uniquement l'effort individuel et commencer à s'intéresser à la hauteur des barrières qu'on met sur la route de certains.

On se retrouve bientôt pour un prochain cliché décortiqué.
D'ici là, n’oubliez pas : ne croyez pas tout ce que vous pensez !

Sources

  1. Sandel, Michael. The Tyranny of Merit [Conférence vidéo]. TED, 2020. Disponible sur TED.com
  2. DataGueule (France Télévisions). Enseignement : l'école des cases [Vidéo en ligne]. YouTube, 2016.
  3. Observatoire des inégalités. L'origine sociale pèse lourd sur le destin scolaire. inegalites.fr, mis à jour régulièrement.
  4. Sciences Humaines. Les places et les chances : Repenser la justice sociale (Synthèse de l'œuvre de F. Dubet). Magazine Sciences Humaines.
  5. Sciences Humaines. La Reproduction : Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (Fiche de lecture). Magazine Sciences Humaines.
  6. Insee. Le diplôme des parents reste un déterminant majeur du parcours scolaire des enfants. Insee Focus n°245, 2021.